Dans la commune de Lugarde, dans le Cantal, on peut visiter encore les ruines seigneuriales du château de Ville-Montante qui, selon la légende, dut ses misères à sa prospérité à la sorcière Lamira.

Moitié fée, moitié mendiante, avec sa baguette et son cabas, cette femme vivait dans une hutte, à la lisière du bois, à l’époque de la grande Révolution. On la rencontrait un peu partout dans la région. Comme toutes les sorcières de son espèce, elle était très savante; elle connaissait tous les simples et toutes les fleurs champêtres, dont elle savait l’emploi. On l’a consultait pour toutes les maladies des bêtes et des gens de plusieurs lieues à la ronde. Partout on lui faisait l’aumône, car on savait que cela portait bonheur.

D’ailleurs, le seul fait de refuser du pain à la sorcière pouvait avoir des conséquences mortelles. Le baron de Ville-Montante devait en faire, hélas, la douloureuse expérience. Ce pauvre homme qui avait sans doute la cervelle un peu affaiblie par les graves événements qui se préparaient en France, s’était mis en tête que la sorcière Lamira avait empoisonné son gibier.

Ne jamais contrarier une sorcière !

«C’est une gueuse», dit-il un jour à sa gouvernante. «Quand elle se présentera au château, vous ne lui donnerez rien, absolument rien, pas même la permission de coucher dans le foin, car elle empoisonnerait aussi et toutes me bêtes en crèveraient».

Quelques jours après, la sorcière vint à Ville-Montante. Elle y fût reçue comme l’avait commandé le baron dont on lui répéta les propos. Elle s’en montra fort mécontente et en s’éloignant, on l’entendit grommeler : «Le baron se trompe, ce ne sont pas ses bêtes qui trépasseront».

Un mois après, il perdit son fils d’un mal mystérieux que la science ne put diagnostiquer; trois mois après, sa fille s’en allait du même mal, puis six mois après, ce fut le tour de la baronne. Le malheureux baron, inconsolable, ne lui survécut que quelques semaines et, avec lui, s’éteignit le dernier rejeton des seigneurs de Ville-Montante.

Comme toutes les fées, la sorcière Lamira pouvait faire le bien aussi facilement que le mal. Un soir de juin, elle bénit l’union de deux amoureux, Lucien et Olga, en leur disant ces paroles qui leur portèrent bonheur : « Vous êtes faits l’un pour l’autre. Vous serez heureux toute votre vie. Votre étoile d’amour brillera toujours».

Ils se marièrent, s’aimèrent beaucoup, firent fortune et achetèrent le château de Ville-Montante où ils s’installèrent la sorcière Lamira, en qualité de cuisinière.

Lucien fut élu député du Tiers-État à l’assemblée nationale de 1789 et, s’il ne fit pas le bonheur parfait de ses électeurs, comme la sorcière avait fait le sien, ce ne fut pas de sa faute.

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